« Just Doing » d’Allan Kaprow traduit par Cécile Mahiou

« Just Doing », Allan Kaprow
traduit par Cécile Mahiou dans la Revue Proteus – cahiers des théories de l’art

EXTRAIT
Cela devenait vraiment compliqué de savoir qui était quoi.
Néanmoins, tout ceci était exécuté de façon très formelle.

L’art s’exprime en expérimentations : un empirisme esthétique dans un processus (just doing dit en titre Allan Kaprow). L’enjeu : ramasser une ombre à la main est davantage un défi que dessiner un visage à la fois de face et de profil. Un photographe maîtrise l’ombre mais pourtant jamais il ne réussira à « la plier pour qu’elle rentre dans la poche », ce à quoi parviennent couramment tous les peintres.

Ce à quoi nous ne parvenions pas en cherchant à « nous divertir de nos charges administratives ». Les règles : « aucune obligation envers le suiveur », « une fois de plus, comme convenu. »

Effacer derrière soi ses traces de pas sur le sable ou dans le gazon afin de présenter une situation impossible : « cela faisait tout drôle ». Inventer une situation dans « une grande salle » où chaque action personnelle libre dans l’envie et le moment, chaque coup de pinceau, construit une expérience impersonnelle.

Alors le processus d’expérimentation impersonnel se termine « une fois tout le monde parti » et non pas quand l’initiateur individuel décide de terminer son geste. « Au bout de deux heures et demie je suis sorti [...] et je n’ai jamais su à quel moment le dernier participant s’en est allé ». Cela se fait tout seul, indépendamment de l’artiste : « c’est ne savoir à aucun moment comment qualifier ce que l’on fait. »

Je vois dans cet article l’art avec comme toujours l’impossible comme horizon. Et la quête de l’impersonnel le point commun entre l’art et la philosophie. Ici une œuvre cesse avec une terminaison jamais encadrée, sans jamais l’exposition des corps : « affirmer et nier l’art dans le même temps ». Affirmer toujours un processus, qui cesse sans terminer.
(suite )

À propos de corinne melin

Docteure en esthétique et sciences de l’art, elle enseigne l’histoire et la théorie des arts contemporains à l'Ecole Nationale Supérieure d'Art de Limoges depuis la rentrée 2016. Elle est membre du Laboratoire du Geste fondé et dirigé par Mélanie Perrier et Barbara Formis. Elle mène une approche historique sur l’art participatif depuis les années 1950 et interroge le reenactment dans les pratiques artistiques contemporaines orientées numériques. Elle s’intéresse aux terrains communs existants entre plusieurs disciplines des Sciences Humaines et Sociales : la sociologie, la philosophie, l’art et le design. Elle a codirigé les trois premiers numéros de la revue annuelle de recherche de l’École Supérieure d’Art des Pyrénées — Pau-Tarbes "échappées". Elle a publié notamment en déc. 2014 : "Allan Kaprow, une traversée, éditions l'Harmattan ; "Ceci n’est pas un titre. les artistes et intitulation" éditions Fage Lyon, article "Art&Language : l'art de la re-description"...

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