Black Mountain College

11 mars 2018

Articles, livres

Quelques mots sur l’enseignement de l’art au cours des années 50-70 aux États-Unis

Black Mountain College

“The proper function of a university is the imaginative acquisition of knowledge… Imagination is a contagion disease. It cannot be measured by the yard, or weighed by the pound, and then delivered to the students by members of the faculty. It can only be communicated by a faculty whose members themselves wear their learning with imagination. “Alfred North Whitehead, The Aims of Education, 1929.

[…] Le Black Mountain College (BMC) 1933-1957 était situé à Chapel Hill près d’Asheville en Caroline du Nord. La création de cette université privée était liée au désir de quelques universitaires d’élaborer un enseignement détaché de toutes formes d’académisme. (…) Les étudiants participaient autant au cours qu’à la vie quotidienne sur le campus : ils y dormaient comme les enseignants et leurs familles, y dinaient et participaient aux affaires courantes en donnant leur point de vue lors des réunions infrastructurelles. Il s’agissait d’abolir la distinction entre apprendre et vivre. […] Les étudiants étaient responsables de leur propre enseignement. Il n’y avait pas de programme de cours et il n’y avait pas de notations. Les étudiants étaient évalués, pour le dire vite, en fonction de la façon dont ils re-connaissaient avoir appris et utilisaient ce qu’ils avaient appris. Au BMC, l’enseignement était considéré comme une préparation à la vie. Les étudiants apprenaient à prendre les décisions appropriées aux situations courantes de la vie personnelle et professionnelle ainsi qu’à développer leurs capacités d’initiative et d’indépendance. L’enseignement était un processus dans lequel l’esprit créatif de l’étudiant était l’ingrédient principal. Les distinctions entre les modes d’apprentissage officiels et ceux accidentels et non intentionnels liés à la vie tendaient à s’effacer.
Le développement social de l’étudiant – communiquer et travailler avec les autres – était également important dans le processus d’apprentissage. Vivre ensemble était notamment un moyen de stimuler l’imagination, d’éclaircir sa pensée et de l’affirmer. […]

L’enseignement selon Robert Filliou, quelques notes

Au début de 1967, l’université de l’état de New York envisage d’ouvrir un départementart expérimental. Afin de réfléchir au programme d’études et à la méthode pédagogique, plusieurs réunions sont organisées avec des enseignants, des étudiants et des personnes extérieures intéressées par le projet. Allan Kaprow y participe et invite Robert Filliou à y réfléchir également.
Deux lettres échangées entre eux rendent compte aujourd’hui des idées partagées. Pour Robert Filliou, ce département « art expérimental »
fonctionnerait de façon autonome et inventerait ses propres règles et système de valeurs, détachées de tout académisme. Il serait composé « non pas de professeurs et d’élèves, mais d’égaux essayant de résoudre quelques problèmes de façon créative. »
E<font color="#000000"Être créatif, selon ses mots, c’est avoir « un don pour la vie ». La créativité est un « art de vivre ». Enseigner, en ce sens, c’est proposer un vécu qui fasse disparaître la différence entre enseigner et apprendre. « Etre, agir et faire sont des concepts bien plus utiles. L’art est un processus.» … A

l’institut, il ne s’agira pas d’enseigner mais de raviver « le talent pour la vie, de changer complètement la structure de notre esprit afin que la joie et la créativité remplacent la souffrance et le désespoir … » Il s’agit pour lui d’imaginer ce que serait la vie si l’homme n’était pas enfermé dans les modèles que les sociétés (culture, famille, etc.) inventent. Depuis l’enfance, l’éducation repose sur « tu apprendras » alors que Filliou dit : « tu sais. Essaie de ne pas désapprendre », partant de l’idée que l’apprenant sait déjà tout ce qu’il doit savoir de la vie : le jeu, le plaisir, l’invention, etc. Filliou propose de mettre au point des jeux ainsi que des nouveaux modes de communication en s’appuyant sur des techniques développées par des artistes contemporains comme le happening, l’événement, la poésie action, la musique non instrumentale, entre les autres. […]” (citations extraites de Robert Filliou « Teaching and learning as performing arts » (1970), réédition pp. 46-48).

Extrait d’un texte de Corinne Melin, décembre 2009.

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À propos de corinne melin

Docteure en esthétique et sciences de l’art, elle enseigne l’histoire et la théorie des arts contemporains à l'Ecole Nationale Supérieure d'Art de Limoges depuis la rentrée 2016. Elle est membre du Laboratoire du Geste fondé et dirigé par Mélanie Perrier et Barbara Formis. Elle mène une approche historique sur l’art participatif depuis les années 1950 et interroge le reenactment dans les pratiques artistiques contemporaines orientées numériques. Elle s’intéresse aux terrains communs existants entre plusieurs disciplines des Sciences Humaines et Sociales : la sociologie, la philosophie, l’art et le design. Elle a codirigé les trois premiers numéros de la revue annuelle de recherche de l’École Supérieure d’Art des Pyrénées — Pau-Tarbes "échappées". Elle a publié notamment en déc. 2014 : "Allan Kaprow, une traversée, éditions l'Harmattan ; "Ceci n’est pas un titre. les artistes et intitulation" éditions Fage Lyon, article "Art&Language : l'art de la re-description"...

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